L'Age du Fer en Auvergne: Vème Partie
La recherche de terrain

Le principal mode d'investigation de l'archéologue est la fouille, celle-ci devant idéalement concillier étendue et précision. Ceci suppose en particulier une analyse détaillée d'une large gamme de restes avec le concours de laboratoires spécialisés.
Mais un site isolé ne peut pas étre interprété : il appartient à un réseau d'établissements humains qui doit être appréhendé à l'échelle régionale. Ainsi, on ne peut pas comprendre le fonctionnement des oppida sans étudier les villages et les fermes qui les entouraient, ni celui des fermes sans étudier l'environnement qu'elles exploitaient. Nous connaissons déjà beaucoup de choses sur la région de Clermont-Ferrand, même si nous manquons encore de fouilles précises pour certains types de sites, comme les villae romaines. Mais que savons-nous du peuplement de l'âge du Fer dans les régions voisines comme les Petites Limagnes ou les hauts plateaux du Massif central?

Les sites peuvent apparaître par hasard lors de travaux de construction, mais les données acquises par ce moyen sont biaisées, car l'organisation ancienne du peuplement peutêtre fort différente de celle d'aujourd'hui, qui détermine les zones de découverte. Néanmoins, les fouilles de sauvetage à grande échelle deviennent de plus en plus nombreuses en Auvergne et leurs résultats comptent de façon croissante dans la programmation de notre recherche.
Nous fumes les premiers à introduire en France des méthodes rigoureuses pour la prospection au sol, une activité que nous continuons à pratiquer. Elle nous permet de réduire le biais documentaire inhérent au seul enregistrement des découvertes fortuites. La photographie aérienne apporte aussi des données de grande importance.
L'exploitation des données
Notre base est une maison ancienne du village de Mirefleurs, construite au XVe siècle. Elle a appartenu à la famille Domat, dont le membre le plus fameux, le juriste Jean-Baptiste Domat, codifia le droit française au XVlle siècle et fut l'ami intime de Blaise Pascal, à qui l'on doit, entre autres, l'invention de la machine à calculer. Nous nous plaisons à penser que nous continuons une longue tradition de calcul dans la maison Domat!
Toutes nos données sont progressivement enregistrées sur un support imformatique, grâce à des logicels d'exploitation de bases de données et à des systèmes d'information cartographique et géographique. Nous prenons en compte des paramètres très variés, depuis le poids, les mensurations et l'identification d'une monnaie ou d'un os animal jusqu'aux coordonnées de tous les sites de l'âge du Fer connus dans le Puy-de-Dôme. La quantité d'information que nous avons à traiter est énorme et seul son enregistrement informatisé permet de la maîtriser.
L'exploitation des découvertes comprend des opérations aussi variées que l'étude détaillée d'un squelete humain ou l'analyse de rejets métallurgiques par des techniques sophistiquées, afin de comprendre le mode de fabrication des objets ou d'identifier les métaux utilisés. Ces analyses requièrent le contours de laboratoires spécialisés comme ceux dont dispose l'université de Sheffield. Les études plus traditionnelles comprennent le relevé graphique des objets et leur étude typologique.
Chaque année, notre équipe accueille entre 120 et 150 personnes originaires du monde entier, parmi lesquelles des archéologues professionels, des étudiants en archéologie ou encore des amateurs désireux d'apprendre quelque chose pendant leurs vacances. Notre équipe s'est implantée en Auvergne en 1973, réanimant une longue tradition de collaboration franco-britannique dont l'origine remonte aux années 1930. Nos activités sont planifiées jusqu'à la fin du siècle et nous espérons qu'elles se développeront encore au-delà!
